04 mai 2009
Nobody knows
Quatre frères et soeurs vivent avec leur mère. L'ainé, Akira, s'occupe de ses jeunes frères et soeurs, chacun d'un père différent. Un matin d'hiver, leur mère disparaît et les enfants commencent à vivre seuls.
Je crois n'avoir jamais vu de film si bouleversant. L'histoire, tragique, est menée d'un main de maitre, tout en douceur, tout en finesse. Tout y est d'une justesse incroyable ; les silences, nombreux, les acteurs, si jeunes et pourtant si justes dans leur rôle respectifs, les scènes, courtes, montrant la vie quotidienne de ces 4 enfants livrés à eux même.
Au début, je n'ai pas très bien compris pourquoi cette mère
célibataire était obligée de cacher 3 de ces 4 enfants mais je pense
qu'être mère célibataire au Japon est très mal vu. D'autre part, il
semblerait qu'au Japon le loyer se calcule en fonction du nombre de
locataires. Ceci explique cela.
Pendant les 2 heures qui suivent, on se demande si ce cauchemar va enfin finir, si leur mère va enfin revenir, s'ils vont s'en sortir. On se demande pourquoi l'épicier, et la caissière, tous deux au courant de la situation, ne leur viennent pas en aide, pourquoi, la propriétaire préfère tirer un trait sur le loyer plutôt que d'appeler la police ou les services sociaux, on se demande comment une mère peut faire vivre ça à ses propres enfants et comment les parents de Saki peuvent la laisser sécher l'école et passer la nuit dehors sans se préoccuper de ce qu'elle fait, comment Akira trouve le courage et la force de s'occuper de ces frères et sœurs, d'où il tire cette force intérieur et cette ressource inépuisable.
Personne ne sait....personne ne veut savoir plutôt car tout le monde sait mais personne ne veut être mêlé à ça. Comme dans les nombreux faits divers dont on entend parler aux infos, tous ces enfants maltraités que l'on découvre au bout de plusieurs mois voir plusieurs années sans que personne ni à l'école ni dans le voisinage ne se soit douter de rien. Ne se doutait-il réellement de rien ou ont-ils fait comme si de rien était, trop préoccupés par leur propre petite vie égoïste ?
Le film pose énormément de question, et traite également de plusieurs phénomènes récurrents au Japon (le suicide et la prostitution des adolescentes par exemple). Le point d'orgue de cette tragédie, qui m'a complètement bouleversée, est très bien tourné, sans rien montré de trop.
J'ai énormément pleuré pendant le film, comme jamais je ne pense avoir pleuré en regardant un film. Les larmes coulaient, accompagnés de sanglots que je ne pouvait contrôlé. J'ai ressenti une telle tristesse qui ne m'a pas quitté de la nuit.
Je me suis dis pendant tout le film "pourvu que cette histoire ne soit pas tirée d'une histoire vraie" et il s'avère que si....le cinéaste s'est inspiré d'un fait divers, connu sous le nom de
"l'affaire des quatre enfants abandonnés de Nishi-Sugamo", qui avait
marqué le Japon en 1988. Il me faudra certainement du temps, beaucoup de temps pour ne plus penser à cette histoire, pour ne plus en rêver la nuit.
Nobody knows a été présenté en sélection officielle, en compétition, au Festival de Cannes en 2004. Il en est reparti auréolé du Prix d'interprétation masculine, décerné à Yagira Yuya, qui joue le rôle de l'aîné des enfants. A 14 ans, c'est le plus jeune comédien récompensé sur la Croisette.
Commentaires
C'est le choc des civilisations, nos critères judéo-chrétiens ne sont pas ceux du Japon. Là-bas l'important est de ne pas se faire remarquer, ne pas perdre la face, ne pas montrer ses sentiments, ne pas gêner. J'avais été choqué par le tombeau des lucioles ou les enfants étaient laissés à l'abandon dans l'indifférence des adultes. Les survivants des bombes ne font pas l'objet de compassion, au contraire ils gênent car ils sont le signe visible d'une défaite cuisante. Les japonais sont dépassés par notre indivudualisme, notre possibilité d'exprimer nos émotions, choses très mal vu dans leur pays. Il y a le fameux syndrome de paris : http://www.japoninfos.com/Les-Japonais-et-le-Syndrome-de.html. Pour moi la civilisation nipponne est tout à fait fascinante mais d'une dureté effrayante par certains côtés.
Pour finir sur une note légère, je t'invite à découvrir le blog de "crouty family" famille franco-japonaise vivant en France et dont les petits riens quotidiens font ma joie, la maman japonaise n'est pas du tout conforme aux stéréotypes de la femme japonaise (et c'est tant mieux !). http://www.crouty.net/
je l'ai chez moi. Franchement, trop, trop triste comme film. Il faut le voir :)
Ce film est vraiment génial.
Je n'ai toujours pas eu l'occasion de le voir mais il fait partie de ma liste de films à voir en priorité!
Je l'ai vu dans le désordre, c'est-à-dire après Still Walking, et j'ai été tout autant conquise, mais encore plus bouleversée. Je ne sais pas comment fait Kore-eda Hirokazu mais à chaque fois il arrive à nous transporter dans ce Japon là, que l'on ne voit nul part ailleurs, juste dans ses films. Une merveille !
si tu savais comme je rêve de voir Still Walking....
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